Axes thématiques

- Imaginaires. La ruralité ne doit pas être perçue comme une entité stable et immuable, mais comme « un ensemble d’attitudes, de valeurs, de qualités en mouvement, de nature économique, écologique, sociétale et éthique, sur lesquelles on doit constamment renouveler notre regard » (Versteegh, 2015). La dimension engagée des projets « avec » et « pour » les territoires ruraux a vocation à dépasser toute forme d’auto-référencement et de nostalgie ; elle relève d’une tâche collective qui est celle d’écrire de nouveaux imaginaires de la ruralité, en réponse au défi que nous impose la métropolisation en terme d’« équité territoriale » (Guillot, 2016). A ce sujet, on poursuivra la réflexion engagée lors des deux dernières rencontres sur la capacité des transitions (énergétiques, économiques, etc.) à engendrer de nouveaux récits et de nouvelles représentations de la ruralité contemporaine.

- Ressources. Cette notion pourra ici être saisie au-delà de la dimension matérielle qu’on lui assigne généralement dans les disciplines de l’espace et du projet. Les ressources dites latentes (Tufano, 2016), ou immatérielles, comme le suggère Jana Revedin, sont « toutes les connaissances sur les organismes complexes que sont nos milieux habités : le mouvement des communautés, les flux et les mobilités (…). Ce sont aussi les ressources à extraire du droit, de l’économie politique – ressources souvent forgées par les sociétés elle-mêmes, pour mener leur perpétuel travail d’organisation collective et d’émancipation des individus, d’adaptation aux contingences » (2018). En quoi l’appréhension des ressources matérielles et immatérielles se construit-elle en interaction avec des projections territoriales ? Comment ces ressources immatérielles s’appuient-elles sur des ressources et intérêts matériels (Godelier, 1984) ?

- Temporalités. Cette notion renvoie au temps de l’action politique, mais aussi à l’emprise de la vitesse dans la construction et les rythmes de nos modes de vie. Fondamentale, elle articule deux dimensions déterminantes de la pensée de nos lieux de vie : l’espace (la distance) et le temps, et notre rapport à la vitesse et à la lenteur. Sur un autre plan, l’expérience de la proximité aux éléments et aux cycles naturels reste sans doute, malgré l’urbanisation de nos modes de vie, un trait caractéristique des territoires ruraux qui ouvre lui aussi à une autre conception possible du temps de l’action : celle des occasions favorables, du « moment opportun » ou de basculement décisif au sens du terme grec kairos, καιρός (Aubenque, 1963). En quoi la prise en compte de ces temporalités multiples affectet-elle le processus de projet spatial ? En quoi révèle-t-elle des manières d’habiter et des engagements alternatifs au processus de métropolisation ?

- Pouvoirs d’agir. Transversalement aux entrées précédentes, on s’intéressera ici aux formes d’agir politique que portent les initiatives issues de groupes citoyens et de mouvements locaux (Dardot et Laval, 2014). À côté de pratiques participatives ré-institutionnalisées au sein de l’action publique, ces initiatives témoignent de la prise de conscience d’une capacité d’action collective et posent sous un nouveau jour le rôle du projet comme outil politique. Si leurs références et leurs racines politiques sont diverses, leur point commun est d’engager des formes de contre-pouvoir ou de résistance critiques, tout autant que des propositions d’expérimentations pratiques dans les différents domaines de la vie : le travail, l’habiter… (Nicolas-Le Strat, 2016). À une exigence de participation et de contrôle citoyen répondent alors des projets de transformation sociale. Les territoires ruraux donnent-ils lieu à des modalités spécifiques d’expérimentations collectives et sociales ? En quoi la transformation du cadre de vie constitue-t-elle un levier de pouvoir d’agir et, in fine, d’émancipation (Bacqué & Biewener, 2013) ?

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